Jeudi Saint – 13 avril 2017

 

Église St Andrew’s, Quatre Bornes

 

Prière : Ouvre nos cœurs, Seigneur, pour que ta présence nous remplisse. Que ta Parole approfondisse notre foi et que notre vocation soit fondée en ta Sainte volonté par Jésus Christ. Amen

Au nom du père, le fils et le Saint-Esprit. Amen

À vous mes frères et sœurs du clergé, je suis content de vous accueillir à cette célébration Eucharistique instituée par Jésus Notre Seigneur. Je voudrais aussi souhaiter la bienvenue à vous, peuple du diocèse, venus soutenir par votre présence et prière les prêtres, les diacres et l’Evêque de votre diocèse et être témoins du renouvellement de nos vœux d’ordination. Merci au Révérend Kevin David et l’ensemble de la paroisse pour votre sens de l’hospitalité et de votre générosité.

Nous, évêques, prêtres et diacres qui sont des dons que Dieu offre à son peuple reconnaissons de nouveau aujourd’hui que nous avons été mis à part pour être des instruments de la grâce de Dieu.

Dans cet esprit de nous engager à nouveau avec fidélité à servir Dieu et notre prochain, nous allons laver les pieds des uns et des autres, comme Jésus lui-même l’a fait avec ses disciples. Ce rite initié par Jésus à la veille de sa mort nous fait comprendre ce qu’il attend de nous qui sommes ses disciples.

L’ancien archevêque de Canterbury, Rowan Williams, Jean Vanier, fondateur de l’Arche et le Pape François qui a lave les pieds des prisonniers ont attiré l’attention ses médias. Lorsque l’Archevêque Rowan Williams introduisit en 2003 ce rite à la cathédrale de Canterbury, ceci fut considéré plutôt comme un comportement étrange.

Lorsque cette pratique fut initiée par Jean Vanier lors d’une réunion des leaders d’églises au Conseil Œcuménique des églises en 1998, il s’est rappelé du moment qu’il a vu un évêque orthodoxe s’agenouiller pour laver les pieds d’une femme, pasteur de l’Eglise baptiste. Il s’est exclame en ces mots : « Les gestes sont très souvent plus fort et plus pénétrants que les mots ». J’ai moi-même vécu cette expérience merveilleuse de forte manière avec le même Jean Vanier en 2015 à la Conférence des primats de la Communion Anglicane à Canterbury. Il y a eu en lavement des pieds. Ceci a eu une conséquences positive car tout de suite après, nous avons décidé de « marcher ensemble » malgré les tensions que nous ressentons au sein de la Communion Anglicane.

Mais nous savons tous que le lavement des pieds, n’a pas toujours eu un esprit d’unanimité dans le milieu religieux. Dès le début même, l’Evangile de Jean met en évidence une opposition ouverte de Pierre : « Tu ne me laveras les pieds » (Jn 13.8)

Le lavement des pieds selon la culture juive, a toujours été considéré comme une tâche qui exclusivement confiée à un esclave. Un inférieur lave toujours les pieds d’un supérieur tout comme un disciple qui le fait à son maître. Comme St Pierre, beaucoup parmi nous ont du mal à accepter et à comprendre le besoin de ce geste. Mais Jésus, Fils de Dieu, révélé à travers cette action une vision nouvelle – non seulement sur notre relation avec Dieu, mais aussi avec les autres – la discrimination sur le plan ethnique, économique et politique fait place par le geste à la reconnaissance et a l’acceptation de l’autre comme enfant de Dieu.

L’amour implique la présence, la proximité. Lorsque nous nous aimons, nous avons toujours besoin de l’autre et sommes alors vulnérables auprès des autres. Avec l’incarnation de la Parole faite chair, le grand tout-puissant devient le tout-petit impuissant. Jésus même avait besoin d’être en communion avec sa mère. Il avait demandé de l’eau à la femme samaritaine. Et nous qui cheminons avec lui, avons à savoir que Jésus a aussi besoin de nous. Il veut demeurer chez nous et en nous comme un ami. Il frappe à la porte de nos cœurs et nous invite à devenir son ami.

« Ecoute ! Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai et manger avec eux, et ils mangeront avec moi. » (Apocalypse 3,20)

Ce rite du lavement des pieds a été est pratiqué dans l’église primitive.

Pour l’Evangéliste Jean, ceci est très explicite : il est question que chacun s’engage à aider l’autre et découvre le sens même de la vocation d’un disciple du Christ. Il nous est demandé de nous laver les pieds, les uns, les autres. Ceci met en action la relation mutuelle de service qui définit le caractère de la Communauté Chrétienne. Elle démontre la pratique de l’amour, comment nous sommes appelés à faire de la place pour les autres. Le Lavement des pieds nous pousse nous évêques, prêtres et diacres à adopter un comportement qui traduirait le don de soi en servant les autres avec dévotion, amour et sans rien attendre. Il donne un modèle a ce que L’Eglise doit être. Comme nous le sommes aujourd’hui et comme n’importe quel groupe dans la société, c’est le modèle pyramidal qui prime dans les relations humaines. Au sommet, se trouve les riches, les puissants, le soi-disant « intelligents » et au bas, les sans-emplois, les laissés pour compte à cause de leur statut social ou appartenance ethnique et ceux qui vivent avec différentes formes d’handicap. Ici, Jésus renverse la pyramide, il prend la place du serviteur. Nous ne réalisons pas que Jésus à transformé le modèle de société pyramidale à un corps où chacun de nous a sa place et où chacun mérite considération. C’est le projet diocésain : « ensam lor sime emmaus » mis en place par les laïcs, le clergé du diocèse. Nous allons nous efforcer a le réaliser – car au fond nous nous désirons une église plus accueillante, une église d’avantage enseignante, et plus aimante. Nous rêvons d’un diocèse ou chacun dépend de l’autre. Tous, enfants, jeunes, hommes, femmes, vieux sont appelés à remplir une mission dans l’église, Corps du Christ.

Jésus nous appele à être attentif au cri des entrailles de cette société mauricienne. Comme évêque, prêtres et diacres mis à part par Dieu, nous sommes tenus à accomplir ce que le Christ Jésus nous commande :

« Vous m’appelez Maître et Seigneur; et vous dites bien, car je le suis.  Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres; car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait. »

(Jean 13 v 13-15)

Quand Jésus nous demande à laver les pieds de l’autre, il nous appelle à aimer, à servir et à pardonner. Au cours des derniers mois, avec certaines décisions, il y a eu des blessures, je tiens ici, comme votre évêque et comme un frère à demander pardon si jamais n’il y a eu offense. Aujourd’hui c’est le moment opportun de tourner le dos aux choses qui nous ont fait mal mais de tourner les yeux vers Jésus.

Le lavement des pieds est un puissant symbole : les symboles sont importants – lors d’une retraite organisée cette semaine pour les membres du staff diocésain, Bishop Roger, l’animateur de la retraite, a de manière très créative démontre que les symboles signifient quelque chose de cruciale et ces symboles insistent que nous allions au-delà de ce que nous voyons.

Aujourd’hui en ce 13 avril 2017, la célébration de l’eucharistie, la bénédiction des huiles, le renouvellement des vœux et le lavement des pieds sont des signes : des signes qui deviennent source de grâce, c’est la présence de Jésus qui nous donne la grâce, la force a devenir des serviteurs leaders.

Le corps du Christ que nous incarnons dans le Diocese Anglican doit continuer au sein de cette société mauricienne à rehausser la qualité de son témoignage. Nous devons aider les gens à redécouvrir leur valeur, leur beauté, leur importance. C’est de cette manière qu’ils pourront commencer à grandir et à faire de belles choses et à répondre aux autres avec amour. Que par nos prières offertes en ce jeudi saint et notre engagement à nous dépasser pour faire connaitre l’Amour de Dieu en Jésus puissent mener les dirigeants du monde à ne pas perdre de vue le peuple qui leur est confié. Jésus a souffert et est mort parce que le monde dans lequel nous vivons ne place pas la personne au sein de ses préoccupations. Jésus ressuscita des morts, car Dieu veut démontrer par sa miséricorde et sa bonté quel genre de Dieu nous avons. Ainsi que nos prières, notre engagement et notre rôle de voix prophétique traduise ce que Dieu dit au monde et comment il agit avec miséricorde.  Donc, soyons ensemble sur le chemin d’Emmaüs et soyons une église qui soit fidèle à sa vocation.

AMEN